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Charpente bois lamellé-collé et ruine en chaîne : ce que dit vraiment la réglementation ICPE 1510

Un entrepôt logistique à charpente bois lamellé-collé peut respecter les exigences de non-ruine en chaîne et de non-ruine vers l’extérieur imposées par la rubrique ICPE 1510. Ce n’est ni automatique ni interdit : c’est une question de démonstration technique. La réglementation ne fixe pas de règle forfaitaire simple pour ce type de structure mixte béton-bois ; elle impose un objectif de résultat, à prouver par une étude d’ingénierie incendie dédiée à chaque projet.

Une étude de référence existe sur le sujet : le Guide de vérification en situation d’incendie des entrepôts en bois lamellé collé, publié en décembre 2019 par Efectis France et le CSTB, financé par le CODIFAB pour le compte de l’Union des Industriels et Constructeurs Bois. Elle applique la méthode complète à un cas type d’entrepôt courant, poteaux en béton armé et charpente en bois lamellé-collé. Nous nous appuyons sur ses résultats pour expliquer ce qu’un maître d’ouvrage ou un exploitant doit réellement vérifier avant de lancer ou d’exploiter un projet de ce type.

Pourquoi cette question se pose pour une structure béton-bois

La rubrique 1510 de la nomenclature des installations classées couvre les entrepôts de stockage. L’arrêté du 11 avril 2017 fixe les prescriptions générales applicables à ces bâtiments, quel que soit leur matériau de construction. Son annexe II, article 4, est le texte qui encadre directement notre sujet :

« Les dispositions constructives visent à ce que la cinétique d’incendie soit compatible avec l’évacuation des personnes, l’intervention des services de secours et la protection de l’environnement. Elles visent notamment à ce que la ruine d’un élément de structure (murs, toiture, poteaux, poutres par exemple) suite à un sinistre n’entraîne pas la ruine en chaîne de la structure du bâtiment, notamment les cellules de stockage avoisinantes, ni de leurs dispositifs de recoupement, et ne conduit pas à l’effondrement de la structure vers l’extérieur de la cellule en feu. »

Deux notions techniques structurent tout le reste de l’article. La ruine en chaîne désigne la propagation d’un effondrement structurel d’un élément à un autre, à l’intérieur d’une même cellule de stockage ou vers une cellule voisine, au-delà de la zone directement touchée par l’incendie. La ruine vers l’extérieur désigne l’effondrement de la structure hors de l’emprise du bâtiment, un scénario qui met en danger les équipes de secours positionnées à l’extérieur et les bâtiments ou terrains voisins.

Sur le papier, ce texte est neutre vis-à-vis du matériau. Dans les faits, la présence d’une charpente combustible dans une structure par ailleurs porteuse en béton armé change la manière dont le mode de ruine doit être étudié. 

C’est précisément l’objet du guide Efectis/CSTB.

Charpente bois lamellé-collé et poteaux béton armé d'un entrepôt logistique en construction

Les 5 exigences de sécurité fixées par la réglementation

Le guide traduit l’article 4 en cinq exigences vérifiables, qui servent ensuite de grille de lecture à toute étude d’ingénierie incendie sur ce type de bâtiment :

  1. La cinétique d’incendie réel est compatible avec l’évacuation des personnes présentes dans la cellule.
  2. La ruine de la structure n’intervient pas tant que des personnes sont encore présentes dans la cellule sinistrée, et n’entraîne pas de ruine en chaîne prématurée à l’intérieur de cette même cellule.
  3. La ruine de la structure d’une cellule sinistrée n’entraîne pas la ruine en chaîne des cellules voisines.
  4. La ruine de la structure de la cellule sinistrée ne conduit pas à un effondrement vers l’extérieur du bâtiment.
  5. La ruine de la structure sinistrée ne compromet pas les éléments de compartimentage, en particulier les murs coupe-feu séparant les cellules.

Ces cinq points sont ceux qu’un vérificateur technique indépendant, un SDIS ou une compagnie d’assurance chercheront à retrouver documentés dans le dossier technique d’un entrepôt à ossature bois.

 

Comment se démontre la conformité : la méthode d’ingénierie incendie

Pour un entrepôt de dimensions courantes (cellule de stockage jusqu’à 6 000 m², hauteur au faîtage inférieure à 13,7 m), la réglementation admet forfaitairement qu’une stabilité au feu R15 suffit à répondre aux objectifs de sécurité. Cette valeur R15 reste calculée sous une action thermique normalisée, la courbe ISO 834, qui ne représente pas nécessairement le comportement d’un feu réel dans une cellule désenfumée. Le guide le souligne explicitement : les détails constructifs, en particulier les assemblages, peuvent parfois ne pas être compatibles avec les objectifs poursuivis, même quand la résistance au feu forfaitaire de chaque élément pris isolément est acquise.

 

C’est pourquoi l’étude complète en deux phases distinctes.

 

La première phase calcule le développement réel de l’incendie. Plusieurs scénarios de feu sont définis selon la nature et la disposition du stockage, puis modélisés avec le logiciel Fire Dynamics Simulator (FDS) du NIST, en tenant compte du désenfumage naturel prévu au bâtiment. Cette étape produit l’évolution réelle des températures et de l’enfumage dans le volume, comparée aux seuils de tenabilité pour les occupants (40 °C, coefficient d’extinction de la lumière de 0,4 m⁻¹) et pour les services de secours (100 °C, 1,6 m⁻¹).

 

La seconde phase calcule le comportement thermomécanique de la structure exposée à ces conditions réelles, avec le logiciel aux éléments finis SAFIR, en appliquant les méthodes avancées des Eurocodes 2 et 5 partie 1-2. C’est cette phase qui détermine l’instant et le mode de ruine effectifs de chaque élément : poteaux béton, poutres et pannes bois, assemblages.

 

Dans le cas type étudié par Efectis et le CSTB, un entrepôt de deux cellules de 5 184 m² séparées par un mur coupe-feu REI120, la charpente bois lamellé-collé (classes GL24h et GL28h) ne représente qu’environ 3 % de la charge calorifique totale de la cellule au maximum de stockage. Concrètement, la quantité de combustible supplémentaire apportée par le bois de structure n’aggrave pas de façon significative la cinétique de l’incendie par rapport à une charpente incombustible.

Pour resituer cette méthode dans l’ensemble du cadre réglementaire ICPE 1510, notre page dédiée détaille l’ensemble des exigences de non-ruine en chaîne et de non-ruine vers l’extérieur applicables à tous les entrepôts, quel que soit leur matériau de structure.

Charpente bois et exutoires de désenfumage en toiture d'un entrepôt logistique

Le mécanisme réel de ruine : ce qui se passe minute par minute

Le résultat le plus utile du guide, pour un maître d’ouvrage, n’est pas une conclusion générale mais la description précise de l’enchaînement des ruines dans le temps. Dans le cas type étudié, ce sont les poutres bois qui rompent en premier, par déversement ou par excès de flexion à mi-portée, avant que les pieds de poteaux béton n’atteignent leur propre limite. Les poteaux se retrouvent alors isolés, non maintenus en tête, et poursuivent seuls leur exposition aux conditions thermiques de l’incendie.

 

ÉtapeDélai observé dans le cas typeComparaison
Durée d’évacuation du personnel estimée5 minutesRéférence
Première ruine localisée (pannes proches du foyer)environ 12 minutesCompatible avec l’évacuation
Ruine des poutres et traverses principales18 minutes minimumLes conditions de visibilité sont déjà perdues à cet instant pour l’ensemble des occupants

 

Cette chronologie a une conséquence directe sur l’exigence n°2 : la ruine localisée des éléments de charpente les plus exposés au foyer intervient après le délai d’évacuation estimé, et la ruine des éléments porteurs principaux n’intervient qu’à un stade où l’incendie est de toute façon devenu impraticable. Dans le cas type, le guide conclut que le risque de ruine en chaîne intracellule peut être écarté.

 

Ruine en chaîne inter-cellules : tout se joue au niveau des assemblages

La question devient plus délicate au droit du mur coupe-feu séparant deux cellules. Quand un poteau béton côté cellule sinistrée s’échauffe d’un seul côté, il se déforme comme un bilame : la face chaude se dilate plus que la face froide, ce qui génère un effort de poussée sur la structure horizontale de la cellule froide, raccordée en tête de ce même poteau. Dans le cas type étudié, cet effort atteint 80 kN dans les assemblages de la cellule froide.

 

Si ces assemblages ne sont pas dimensionnés pour reprendre cet effort, la liaison peut rompre et entraîner une ruine en chaîne dans la cellule froide, ainsi qu’une perte d’intégrité du mur coupe-feu. Le guide propose une méthode de calcul sécuritaire pour ce dimensionnement, à partir du moment résistant en pied de poteau à froid (M<sub>Rd,fi</sub>) rapporté à la hauteur du poteau (H) : F = M<sub>Rd,fi</sub> / H. C’est ce type de vérification, propre à chaque géométrie de bâtiment, qui permet de démontrer les exigences n°3 (pas de ruine en chaîne inter-cellules) et n°5 (maintien de l’intégrité du mur coupe-feu).

 

Une deuxième précaution constructive ressort de l’étude : mieux vaut qu’une rupture d’assemblage, si elle survient, se produise au niveau d’un poteau de rive plutôt que d’un poteau intermédiaire. Dans ce dernier cas, la poutre en train de basculer peut venir pousser latéralement sur le poteau de rive de la cellule et aggraver la situation. Deux leviers permettent de l’éviter : concevoir les assemblages des poteaux intermédiaires pour reprendre un effort de traction nettement supérieur à celui des poteaux de rive, ou les protéger thermiquement pour limiter leur affaiblissement en situation d’incendie.

 

Ruine vers l’extérieur : pourquoi tout repose sur les poteaux béton isolés

Une fois la charpente bois ruinée, la question de l’exigence n°4 pas d’effondrement vers l’extérieur — se déplace entièrement sur les poteaux béton, désormais isolés et privés de leur maintien latéral en tête. L’étude des portiques isolés montre que ce risque peut être écarté, à une condition explicite : que les poteaux béton, pris isolément, présentent une tenue au feu suffisante pour résister seuls aux conditions d’exposition thermique, notamment au gradient de température qui traverse leur section.

 

La recommandation qui en découle est directe : pour limiter le risque de ruine vers l’extérieur, la tenue au feu des poteaux béton doit être nettement supérieure à celle des éléments de charpente bois. C’est un point de conception à vérifier au moment du dimensionnement, pas un correctif à apporter après coup.

 

Un dernier point mérite l’attention des exploitants qui envisagent des auvents de quai haubanés en façade : ces éléments peuvent induire des moments de flexion supplémentaires sur les poteaux support, et donc favoriser une ruine vers l’extérieur si leurs liaisons ne sont pas conçues en conséquence. Le guide recommande notamment de fixer le hauban en tête de poteau plutôt qu’à mi-hauteur, et de renforcer les liaisons pour qu’elles tiennent au moins 50 % plus longtemps que les éléments bois qu’elles supportent.

 

Ce que cela change concrètement pour votre projet

Deux objections reviennent systématiquement chez les maîtres d’ouvrage et les exploitants qui envisagent une structure bois pour un entrepôt soumis à la rubrique 1510.

 

La première porte sur la conformité réglementaire elle-même. La réponse issue de l’étude Efectis/CSTB est nuancée mais claire : une charpente bois classiquement dimensionnée pour une stabilité au feu R15 permet d’atteindre les objectifs de sécurité fixés par l’arrêté du 11 avril 2017, avec un niveau de sécurité équivalent à celui d’un entrepôt construit avec d’autres procédés constructifs. Cette conclusion ne dispense pas d’une étude spécifique à chaque projet : elle dépend de la hauteur, de la portée de charpente, du type de stockage et surtout du dimensionnement réel des assemblages poteau-poutre, qui varient d’un bâtiment à l’autre.

 

La seconde porte sur l’assurabilité et la responsabilité en cas de sinistre. Un dossier qui documente précisément le mode de ruine attendu, les efforts repris par les assemblages critiques et les délais de tenue au feu de chaque élément constitue une pièce technique objective, plus solide qu’une simple attestation de classement au feu réglementaire, pour discuter avec un assureur ou justifier une exploitation devant l’inspection des installations classées.

 

C’est sur ce point qu’un accompagnement technique indépendant prend tout son sens : relire un dossier d’ingénierie incendie existant, vérifier la cohérence des hypothèses retenues avec la configuration réelle du bâtiment, ou accompagner un maître d’ouvrage en amont d’un projet de construction ou d’extension en bois lamellé-collé.

 

Article rédigé par Nicolas Bonnet, fondateur et directeur technique d’ADECI, cabinet indépendant de diagnostics et d’audits techniques du bâtiment, pôle installations classées ICPE et sécurité incendie. Créé le 04/09/2026 et modifié le 04/09/2026

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Questions fréquentes

Oui, à condition de le démontrer par une étude d'ingénierie incendie spécifique au bâtiment concerné. L'étude de référence Efectis/CSTB montre qu'un entrepôt à poteaux béton et charpente bois lamellé-collé, dimensionné correctement, peut satisfaire les cinq exigences de sécurité de l'arrêté du 11 avril 2017. La conformité n'est jamais automatique : elle dépend de la géométrie du bâtiment et du dimensionnement réel des assemblages.

La ruine en chaîne désigne la propagation d'un effondrement structurel au-delà de la zone directement touchée par l'incendie, à l'intérieur d'une cellule ou vers une cellule voisine. La ruine vers l'extérieur désigne l'effondrement de la structure hors de l'emprise du bâtiment, un scénario dangereux pour les équipes de secours et les bâtiments voisins. L'arrêté du 11 avril 2017 impose que la structure d'un entrepôt ICPE 1510 soit conçue pour éviter ces deux scénarios.

Pas nécessairement. Dans le cas type étudié par Efectis et le CSTB, la charpente bois ne représente qu'environ 3 % de la charge calorifique totale de la cellule et n'aggrave pas de façon significative la cinétique de l'incendie. Le point déterminant n'est pas la nature combustible du bois, mais la manière dont les poteaux béton et les assemblages sont dimensionnés pour rester stables une fois la charpente ruinée.

 

Un dossier de justification technique documentant les scénarios de feu réels retenus, les délais de tenue au feu calculés pour chaque élément de structure, et le dimensionnement des assemblages critiques (notamment ceux situés au droit des murs coupe-feu). Ce niveau de détail va au-delà d'une simple attestation de classement au feu forfaitaire des éléments pris isolément.

Cela dépend de la complexité du bâtiment et de la disponibilité des plans d'exécution et des notes de calcul de la structure. Une revue de dossier existant ou un accompagnement en phase de conception se cadre au cas par cas ; c'est précisément l'objet d'un premier échange avec un expert du sujet.